En complément des couvertures photo et des résumés de rencontres relatant les performances sur le terrain des plus jeunes aux plus anciens, je voulais donner la parole aux entraîneurs et éducateurs tous les vendredis, ce nouveau concept nous permettant à tous de découvrir ces managers aux différentes visions. Pour ce premier épisode, c’est Gautier Damien (US Turcs Bischwiller) qui se prête au jeu et il a eu des choses à dire. Retrouvez, ci-dessous, le contenu de cet entretien…
Présentation de l’entraîneur
AM: Présentes toi en quelques mots.
DG: Je me nomme Gautier Damien, j’ai 48 ans, marié et nous avons 5 enfants. Je suis originaire de Normandie plus précisément du Parc Naturel Régional du Perche je suis donc une personne de « l’intérieur » malgré que je suis installé en Alsace depuis près de 19 ans suite à une mutation professionnelle. En effet, après un début de carrière à l’armée pendant plusieurs années notamment au sein du CPA 10 basé à Orléans (45), j’ai incorporé la Police Nationale où j’ai exercé en BAC, RAID/GIPN et à la BRI de Strasbourg. A ce jour j’exerce mes fonctions au seins du commissariat de Police de Haguenau à la Sûreté Urbaine.
AM: Parle nous de ta carrière en tant que joueur.
DG: A Rémalard (61) je résidais rue du stade, il était naturel de jouer au football avec mon frère Fabrice et les copains après l’école, j’ai signé ma première licence à l’âge de 5 ans sans interruption à ce jour. J’ai participé à plusieurs détections, à la fameuse « opération GUERRIN » sans grande réussite mais j’étais déjà passionné et rêvais comme beaucoup d’être joueur professionnel. Mes qualités et défauts ont fait de moi ce que l’on appelé à l’époque un STOPPEUR avec des duels mémorables disputés contre les attaquants adverses. J’ai eu le plaisir de fêter quelques montées et beaux moments de football, le niveau le plus haut auquel j’ai joué est la Promotion d’Honneur, la Division 1 d’aujourd’hui. Mon activité professionnelle ne me permettait pas un investissement complet afin de disputer des saisons entières mais j’ai toujours été licencié favorisant ainsi mon intégration dans les divers régions où j’ai demeuré.
AM: Parle nous de ta carrière en tant qu’entraîneur.
DG: A 14 ans j’ai pris en compte une équipe de Poussins et j’ai souhaité me former au CREPS de Caen avec l’obtention du diplôme de Jeune Animateur de Club, puis jeune arbitre officiel dans les catégories évoluant le samedi après midi. Plus tard j’ai endossé la double casquette d’entraîneur/joueur mais comme évoqué mon travail ne me permettait pas de m’investir comme il se doit. Arrivé en Alsace du côté de Bischwiller j’ai continué à jouer et à donner des coups de mains à divers clubs dans le cadre de la préparation physique avant de prendre les commandes de l’équipe réserve de l’entente Kaltenhouse/Marienthal avec qui nous sommes monté la première année en Pyramide A même si j’ai quitté le groupe peu de temps avant la fin de saison, j’ai déconné…et j’ai appris ! La saison suivante je prenais en compte l’équipe réserve de l’UST Bischwiller durant une année pour ensuite effectué 3 saisons et une montée en Division 2 avec le FC Oberhoffen/s/Moder. Le COVID présent à ce moment et un choix du comité ont mis un terme à notre collaboration, ce fût un moment difficile pour divers raison. Ayant commencé la formation de Brevet Moniteur de Football via la LGEF c’est du côté des U18 du FCE Schirrhein que j’ai acquis ce diplôme UEFA niveau B. Un passage d’une saison au FC Gries puis au FC Mothern avec à la clé une montée en Régional 3 et l’obtention de Certificat Fédéral de Préparation Athlétique ont conclut la saison dernière. Cette année je reviens sur mes terres bischwilleroises en tant qu’entraîneur de l’équipe fanion de l’USTB reléguée en Division 1. A titre personnel je tenterais cette saison de valider le Certificat Responsable École de Foot (UEFA niveau C) et sur le collectif de bien figurer dans ce championnat difficile, redonner du plaisir aux joueurs, dirigeants et spectateurs passionnés de football comme moi.
Questions autour de ton rôle d’entraîneur
AM: Comment vois-tu ton rôle d’entraîneur ?
DG: Le rôle de l’Entraîneur est différent de celui d’Éducateur, il est néanmoins dans la continuité. L’approche, le discours, l’attitude, le comportement et le charisme que tu dégages est important, les opportunistes sont rapidement démasqués par les joueurs faisant ZERO cadeau ! Les joueurs même de DISTRICT sont exigeants, ils veulent apprendre et méritent d’être respecté, j’aime cela. La mission ne se résume pas à deux séances et un match par semaine, elle ne s’arrête pas aux limites du terrain, l’entraîneur peut endosser le rôle de grand frère, d’un papa, un confident sur lequel on peut s’appuyer. Il peut être un relais, une source d’inspiration, un modèle que l’on invite sous son toit, à un mariage, célébrer une naissance mais aussi une présence dans les moments difficile de la vie. Le coach qui n’est pas prêt à accepter ces missions dans notre foot amateur ne fera pas long feu, le respect ne s’achète pas mais s’acquière… Cela n’empêche pas de mettre une limite droite et gauche, une main de fer dans un gant de velours, de l’empathie, de l’amour mélangé à de l’exigence. Mes objectifs ? AIDER, DONNER ET PARTAGER
AM: Quels sont, selon toi, les avantages à tirer de ton rôle d’entraîneur ?
DG: Les avantages sont nombreux, VOUS EXISTEZ! Dans les villages ou petites villes comme Bischwiller, les gens parle du maire, de l’imam ou du curé, du club de football et évidemment de son entraîneur… Vous devez venir à la rencontre de ces personnes, échanger, répondre à leurs sollicitations sans oublier les plus petits et le foot d’animation pour faire d’eux les adultes de demain. Cela prends du temps mais nous sommes rémunérés nous les Entraîneurs, c’est un sujet tabou dont je n’ai pas peur d’aborder. Les sponsors, licenciés, bénévoles et spectateurs participent à cette rétribution améliorant votre quotidien en reconnaissance du travail accompli et des formations effectuées en oubliant jamais d’en faire profiter le club et autres associations.
AM: Quels sont, au contraire, les inconvénients de ton rôle d’entraîneur ?
DG: Inconvénients ?AUCUN… Ah si, décaler ses vacances estivales au mois de juin car tu dois être présent pour la Préparation Athlétique, expliquer à madame qu’il y aura pas de vacances au Cap d’Agde cette année car tu as pris toutes tes vacances pour aller en formation à la ligue lol. Votre moitié doit être autant impliqué que vous, de façon différente bien sûr pour moi elle fait parti de mon équilibre et elle connaît les bienfaits que cela me procure. A force je n’ai plus besoin de la présenter vu son omniprésence à mes côté les jours de match où parfois elle intervient de façon « énergique » mdr. Nous sommes une famille où le football est roi, mes enfants jouent au football ou accompagnent leurs chéries, ma belle fille et ma femme jouent elles aussi. Le week-end c’est FOOT, la semaine aussi…
AM: Selon toi, quelles sont les qualités requises pour être entraîneur ?
DG: Concernant les qualités requises j’en ai parlé plus haut. Pour être un BON Entraîneur, il faut être ENTRAINANT ! Le nombre et la présence aux entraînements à notre niveau doit être un baromètre pour l’Entraîneur surtout jusqu’en Régional 3 où les joueurs ne sont pas indemnisés, enfin j’espère car certains club de district remettent des primes de présence à l’entraînement, moi j’aime pas çà. Jeune joueur j’aurai payé pour m’entraîner avec l’équipe 1 trois fois par semaine !
AM: Selon toi, c’est quoi un bon entraîneur ?
DG: Penser à ceux qui te sont confiés… Si tu ralentis, ils s’arrêtent… Si tu faiblis, ils flanchent… Si tu t’assois, ils se couchent… Mais si tu marches, ils te dépassent… Si tu leur donne la main, ils donneront leur peau… Un bon Entraîneur doit être respecté !
AM: Plutôt Hervé Renard ?Pep Guardiola ?Didier Deschamps ? (ou autre référence à votre convenance) Pourquoi ?
DG: Ma référence c’est Mr DELMAS Jean, mon mentor celui qui m’a tout appris, la solidarité, l’entraide, le dépassement de soi même et tout cela à travers le ballon. Dès que je rentre en Normandie je lui rends visite, on discute et je lui raconte ma vie, mes peurs, mes projets, il me conseille et me donne la bonne direction à prendre. Cet échange se passe entre lui et moi assis sur sa tombe où il repose en paix auprès de son amour babette rencontrée au club house du FC Billancourt Club. Il aurait 96 ans. Tout se que j’ai entrepris et réussis dans ma vie c’est à lui que je le dois, c’est à travers lui que je continue ma mission auprès des autres. Mr DELMAS était après la guerre joueur professionnel au Red Star puis au CA Paris, retraité il s’est installé dans le Perche est à été mon ENTRAINEUR, je l’ai regardé et écouté attentivement, j’espère qu’il est fier de moi.. Pour les plus connus désolé de vous décevoir mais votre liste ne m’inspire pas trop malgré qu’ils soient bons et reconnus mais je les préfères avec une paire de couille ne pratiquant pas la langue de bois comme Philippe LUCAS (natation), Laurent SCIARRA (basket), Fred ANTONNETTI, Pascal DUPRAZ à qui ont confie des missions de FOU ! Ces personnes ont compris que la bible du sport n’est pas une fin en sois mais un moyen d’y parvenir, j’aime pas les intellectuels donneur de leçon. La volonté, le travail amène à la performance même pour les moins doués naturellement. Ces coachs vous amènent dans leur univers et vous oblige à dépasser les limites de votre jardin c’est des BONS !
AM: As-tu rencontre des difficultés particulières au cours de ta carrière d’entraîneur ?
DG: Oui comme certain d’entre nous, je souffre du regard de l’autre, de l’incompréhension. C’est vrai que je fais rien pour passer incognito et les mauvaises langue me comparent à une bête de foire. Je suis atypique, différent, autrement que beaucoup d’Entraîneurs se différenciant du stéréotype souhaité par nos instances du football. Flic tatoué de la tête au pied ou chaque dessins, symboles, textes est une cicatrice à peine pansé, converti et pratiquant l’islam tout en buvant un bon PICON bière, marié à une franco algérienne protestante et évoluant sur le bord du terrain pieds nus imitant Rhoda SCOTT font de moi une personne rencontrant régulièrement des difficultés. Je fais face, assume et garde ma ligne de conduite, le plus important n’est pas le chemin que vous empruntez mais la trace que vous y laissez. J’ai une approche différente de la pratique, je l’a partage avec les personnes qui le souhaite, je la vie avec excès et les joueurs ayant partagés le vestiaire à mes côtés sont les plus aptes à en parler en bien ou en mal. De ma génération nous sommes peu nombreux à nous présenter aux divers formations, qualifications proposés par la FFF, j’ai pas les mêmes références que de « bons » joueurs locaux, je vois et me projette dans un football amateur différent cela m’est parfois préjudiciable et je rencontre des difficultés que d’autres n’ont pas. Sur le bord du terrain il m’arrive parfois de me faire insulter, moquer, être victime de racisme mais c’est pas grave J’AIME LES GENS et suis prêt à donner ma vie pour sauver celle des autres.
AM: Aurais-tu des conseils à donner à un futur entraîneur ?
DG: Oui, ne pas m’imiter (rires)… Plus sérieusement, AIMER ses joueurs ils vous le rendront.
Souvenir/Souhaits mémoriaux
AM: Quel est/sont le/les moment(s) le(s) plus mémorable(s) de ta carrière de joueur ? Même question sur ta carrière d’entraîneur ?
DG: Accompagner mon COPAIN du foot dans un moment difficile de la vie, le soutenir, l’écouter, le comprendre et le réconforter. Mon travail m’a donner tellement d’adrénaline, des situations dégradées incomparable et inexplicable, le football et les rencontres avec le peuple m’ont aidé à les surmonter. A ce football je lui dois tout, ces magnifiques moments que peuvent être un entraînement en plein milieu de nulle part un soir du mois de novembre où il fait deux degrés se terminant par une bonne douche chaude entre COPAINS et un repas intergénérationnel au club house.
AM: Chacun à des rêves ou des souhaits. Pour ton avenir en tant qu’entraîneur, que souhaites-tu ? Quel serait ton rêve ?
DG: Je rêve d’un football universel et fédérateur où le racisme, l’exclusion, le handicap n’existe pas. Je m’en branle que KIKI soit ballon d’or, que le PSG arrive à ses fins. Je veux accueillir et aider à travers le ballon des jeunes en situations difficiles, des enfants en situation d’ handicap, réconcilier les gens, mélanger les races, les us et coutumes. Cela peu paraître utopique mais je ferai tout pour. Pour mon évolution personnel être titulaire du Brevet d’Entraîneur de Football pour continuer à donner et transmettre, m’améliorer encore et encore. Faire profiter de ces valeurs tellement importante dont mes enfants ont bénéficié, les transmettent à ma petite fille ou petit fils qui va rejoindre notre famille l’année prochaine.
Le mot de la fin
AM: Quel est ton mot de la fin?
DG: Merci à nos ambassadeurs NORD ALSACE FOOT (ils sont deux) de mettre en lumière notre football amateur, des plus jeunes aux plus anciens arpentant les terrains alsaciens pour notre plus grand plaisir.
Merci à Damien Gautier de nous avoir donné de son temps pour développer ses réponses lors de cet interview.
Si vous êtes un entraîneur ou éducateur d’un club d’Alsace du Nord et que vous souhaitez répondre à un interview qui sera publié le vendredi sur le site http://nordalsacefoot.com, veuillez cliquer sur ce lien
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