Vie des clubs | Valentin Beill, un homme exigeant au service du beau jeu

Après quinze années de bons et loyaux services auprès de la « génération 2001 » de l’EVAN, Valentin Beill, un homme exigeant et amateur du beau jeu revient sur toute cette période au cours de laquelle il aura permis à ses jeunes d’évoluer jusqu’à les faire arriver à maturité pour leur intégration dans les équipes seniors. Entre don de soi et vision de jeu dignes des joutes professionnelles, le coach se livre au jeu des confidences auprès d’Arnaud Kahl. Retour sur ses quinze meilleures années au service du ballon rond…

Valentin Beill | Ses débuts à l’USOE avec ses jeunes

C’est son rôle de père qui l’a rapproché de l’école de football en 2005. « Le club était en manque d’éducateurs et Daniel Weber et moi nous nous sommes décidés à prendre en main la génération 2001 de nos fils Hugo et Joris. Nos seconds enfants, Hugo et Noé, sont nés en 2004 et lorsqu’ils débutèrent le foot à leur tour, c’est-à-dire en 2008, nos chemins se sont séparés. Daniel a pris en charge les enfants de la génération 2004 et moi j’ai continué mon chemin avec le groupe de Hugo et Joris. », nous confie-t-il.

Valentin Beill | Son rôle et ses souvenirs des années foot-animation

Il garde de très bons souvenirs de cette période où ils étaient tous en mode « découverte et apprentissage »… L’ambiance avec les enfants et leurs parents était déjà très conviviale. Il essayait d’éviter les covoiturages pour privilégier une présence maximale des parents à leurs plateaux ou à leurs tournois, car il estimait que leur présence était très importante pour les enfants.

« Il nous arrivait régulièrement de sortir ensemble après les après-midi football, de nous retrouver autour d’une table le samedi soir avec les petits. C’est donc dès leur plus jeune âge que nos joueurs ont pris l’habitude de se retrouver après leurs matchs et il était primordial pour moi que le samedi après-midi rime avec football et convivialité. »

Valentin Beill | Son principe de fonctionnement lors des années foot-animation

« Les entraînements s’articulaient autour de principes simples et toujours en gardant à l’esprit le jeu et l’amusement. Les enfants tournaient sur différents exercices de jonglages, jeux réduits, coordination, et pour finir en mode match pendant lesquels nous faisions jouer nos petits joueurs en alternance à différents postes. »

Valentin Beill | Ses premiers choix effectués en U11

C’est à partir de la catégorie U11 qu’il a commencé à déterminer les postes qui convenaient le mieux à chaque joueur et le tout selon les capacités qui leurs étaient propres. Ses choix ne se sont pas portés sur des caractéristiques physiques mais plutôt sur des points comme, la technicité, la mobilité, la disponibilité etc… Ses choix se basaient sur quelque chose de plus inné et caractériel, celui qui avait la capacité de rester concentré durant toute une rencontre jouait défenseur car il faut une certaine rigueur défensive pour le poste, et celui qui arrivait à jouer de façon plus libérée était désigné pour jouer en attaque…

« Si je prends l’exemple de Corentin Albénésius, à cet âge-là il ne voyait que le ballon et le but, par conséquence il aurait été illusoire de le faire jouer en défense, il était attiré de façon innée par le but et c’est donc tout naturellement que nous l’avons fait jouer attaquant.

Valentin Beill | L’intégration de son groupe à l’entente EVAN

Valentin Beill nous confie que l’intégration et le passage à l’entente EVAN s’étaient très bien passés à l’époque. « Nous avons fait en sorte que les joueurs de mon groupe, la génération 2001, continuent à évoluer ensemble, tout en complétant et en élargissant l’effectif de notre équipe de U13. Il faut de toute façon un effectif plus large à partir de cette catégorie et ce passage coïncida aussi avec l’arrivée de joueurs des villages avoisinants faisant partie de l’entente, et donc issus d’un périmètre plus grand. », poursuit-il. Pour l’anecdote ce passage fut marqué aussi par l’arrivée du premier joueur « hors entente » dans cette équipe… « C’était un joueur qui me plaisait beaucoup et que je voulais absolument voir jouer sous nos couleurs… J’avais passé des heures au téléphone afin de convaincre ses parents de le faire venir chez nous… Je préfère ne pas citer de nom mais je pense qu’il se reconnaîtra. », nous livre-t-il.

« Les entraînements changeaient peu et l’évolution se faisait par petites touches mais dans la continuité. Notre système de jeu était axé sur la possession du ballon, autant aux entraînements que lors de nos matchs, et cette philosophie nous l’appliquions d’ailleurs encore jusqu’à aujourd’hui. »

Valentin Beill | Sa gestion du passage à l’adolescence de ses protégés

L’adolescence est un cap très important dans la vie d’un jeune joueur. Au-delà de l’aspect caractériel qu’il faut savoir gérer, c’est surtout le facteur croissance qui entre en compte à cet âge-là. L’évolution au niveau de la taille, du poids et du profil athlétique peut être plus ou moins rapide selon les jeunes et il est possible de se retrouver avec de grosses différences au sein d’un même effectif. Certains jeunes peuvent se trouver en difficulté à cause d’un retard de croissance et d’autres à cause d’un développement trop rapide, et d’autres se retrouvent avec plus de facilités suite à une poussée plus harmonieuse… Selon lui, il est important de ne laisser aucun joueur de côté sur cette période malgré ces difficultés, d’avoir une vision de progression à long terme pour chacun d’entre eux car il est acquis que chacun retrouvera ses facultés à son rythme.

« Nous nous sommes retrouvés avec une grande différence de taille au niveau de notre effectif, mais au lieu de ne retenir que les plus grands et les plus costauds, nous avons opté pour la cohésion de groupe encore une fois, en n’écartant personne et en faisant jouer nos petits gabarits également. Nous demandions à nos joueurs de compenser certaines faiblesses du moment par un effort collectif plus grand, en mettant en avant la notion du groupe et la cohésion qui l’animait. Cela correspond aussi à notre philosophie de jeu, car je suis un grand fan du Barça, et des joueurs de petites tailles ont toujours contribué à enrichir cette équipe magnifique. Vu les résultats acquis avec ce groupe, je peux dire après-coup que nous avons réussi à bien gérer cette période, l’esprit d’équipe et la solidarité ont porté leurs fruits ! »

Valentin Beill | Son expertise mise au service du collectif des U18 à la U19/R2

Fondamentalement il n’y a pas eu de grands changements et, avec Schell Laurent, il a continué à mettre en avant les notions de jeu et de plaisir. L’évolution s’est fait surtout au niveau du travail physique et athlétique avec une charge de travail qui augmente à partir de cet âge-là. L’aspect tactique, la mise en place de l’équipe, le positionnement des joueurs sur le terrain que ce soit en mode défensif et offensif, le rôle de chacun afin que le bloc-équipe ne soit pas déséquilibré, tous ces paramètres lui paraissaient primordiaux dans l’évolution d’un groupe dans cette catégorie.

En terme de philosophie de jeu nous étions axés sur la possession du ballon, à l’image de ce qui se fait au FC Barcelone. Cela se traduisait par de la disponibilité et la complémentarité entre les joueurs et les lignes et du jeu vers l’avant. Pour traduire cela sur le terrain il était primordial que chaque joueur sache à tout moment ce qui allait se passer pendant une séquence de jeu, offensive ou défensive, il a fallut travailler les automatismes jusqu’à ce qu’ils deviennent naturels. La mobilité, le positionnement de chaque joueur et de l’équipe toute entière étaient essentiels et déterminants dans le jeu. Il fallait aussi que le groupe tienne compte du positionnement du bloc équipe adverse afin de s’adapter à celui-ci et de trouver une faille afin de développer un jeu plus direct…

« Il était important aussi, vu que tout n’était pas prévisible, de laisser une certaine liberté aux joueurs également, afin qu’ils puissent s’exprimer sur le terrain et le cas échéant prendre leurs responsabilités pour influer sur la physionomie d’un match. La continuité sur le long terme et le fait d’avoir pu travailler avec le même groupe de jeunes sur de nombreuses années a fait que nous avons pu appliquer avec succès notre style de jeu lors de nos rencontres. »

Après, malgré une philosophie de jeu efficace et bien assimilée tout n’est pas toujours facile sur certains matchs… A ce niveau toutes les équipes sont bien préparées et ce n’était pas toujours possible d’imposer leurs préceptes.

« A titre d’exemple, je me souviens de l’une de nos rencontres à Geispolsheim, où nous voulions développer notre jeu à la « Barça », nous voulions jouer très haut et mettre notre adversaire à l’agonie. Après quelques minutes de jeu nous étions en train de défendre bec et ongles dans nos 20 derniers mètres, nous ne voyions plus le ballon… Entre tactique d’avant-match et réalité du terrain il y a souvent une sacré différence, et c’est l’adversaire qui détermine finalement s’il est possible ou non d’appliquer tes plans de jeux. C’est dans ces moments-là que les qualités d’adaptation sont très importantes et c’est bien là l’une des difficultés et des exigences de ces rencontres de haut-niveau. Nous nous étions adaptés à la pause sur ce match-là et nos changements se sont avérés payant dès la reprise en 2ème mi-temps…Nous avions laissé la possession du ballon à l’adversaire et nous avions réussi à marquer 3 buts en l’espace de 7-8 minutes…En voyant cela l’entraîneur adverse a failli s’évanouir (rires), et je dois avouer que même nous nous avions été surpris par l’efficacité de ces changements. »

Valentin Beill | Focus sur l’évolution de l’éducateur au sein de l’école de foot

Valentin Beill nous avoue avoir toujours été proche de ses joueurs. Il aura évolué avec ses protégés sur une longue période… « Il y a toujours eu un respect réciproque et une relation très amicale entre nous », appuie-t-il. Cela n’empêchait pas par moment que le coach ne doive s’employer à remettre les points sur les « i » dans certains cas, mais dans l’ensemble il y a toujours eu une bonne ambiance et une grande cohésion.

« La chance que nous avons également eu, c’est d’avoir eu un groupe de jeunes garçons très intelligents, ils ont toujours compris ce que nous leur demandions, ils savaient faire la part des choses, même si par moment il y a aussi eu des comportements inappropriés. Dans ces cas-là je remettais les choses au point rapidement et nous passions à autre chose. Nos jeunes avaient intégré les valeurs que nous voulions leur transmettre et globalement tout a toujours bien fonctionné. »

Valentin Beill | Sur la réussite de son groupe:« Il y a eu un mix de plusieurs choses »

Il pense qu’il y a eu effectivement un mix de plusieurs choses. De son avis, l’Alsace du Nord a toujours été une terre de football et un vivier d’excellents joueurs de football. Ensuite, il y a eu la mise en place de leur projet d’équipe auquel tous les joueurs ont adhéré. « Il y a eu beaucoup de travail et d’envie pour que ce groupe arrive aujourd’hui en U19 DH », appuie-t-il. Les joueurs ont rapidement compris l’importance de cette cohésion et jusqu’où il souhaitait les amener. L’autre point déterminant c’était qu’ils avaient vraiment cette envie d’y arriver ensemble, et cela a évité, malgré de grosses pressions et des demandes insistantes de la part d’autres clubs qui tentaient de les attirer, que l’un ou l’autre joueur ne quittent le navire afin de partir évoluer sous d’autres couleurs.

« De toute façon que ce soit le club de l’USOE ou l’entente EVAN, nous sommes bien organisés et nous avons accès à de bonnes infrastructures, ce qui fait que nous n’avons pas à rougir même en nous comparant à des clubs plus huppés de la région. »

Valentin Beill | Au sujet des soutiens de son groupe:« Le rôle des parents est fondamental »

Selon lui, le rôle des parents est fondamental et indissociable de la progression d’un jeune joueur. « Il est important que les parents assistent aux matchs de leurs enfants par exemple, car il n’y a rien de plus valorisant et de plus encourageant pour un jeune que ces regards-là », nous confie-t-il. Les parents ont souvent un regard particulier sur la façon de jouer de leur progéniture, il manque souvent le recul nécessaire pour effectuer une analyse objective des performances de leur enfant, mais c’est normal et cela fait partie du jeu. « Il faut surtout laisser les consignes aux éducateurs et aux entraineurs, et ne pas en donner constamment en assistant aux matchs, car ce qui part d’un bon sentiment peut s’avérer être totalement contre-productif sur le terrain. », poursuit-il. C’est pourquoi il interdisait aux parents de donner des directives pendant les rencontres… « Ils avaient la possibilité de discuter de ces points avant les rendez-vous d’avant-match ou une fois de retour à la maison. Pour le reste cela se passait entre mon adjoint Laurent Schell, les joueurs et moi. Mais là aussi nous avons eu la chance d’avoir des parents totalement intégrés au projet et qui ont eu l’intelligence d’adhérer à ce que nous leur demandions. », ajoute-t-il.

Les réunions de pré-saison leur permettait de présenter leur mode de fonctionnement, leur façon de s’organiser et le planning des matchs aux parents. La paire Beill/Schell expliquait ce qu’ils attendaient des parents et ce que serait le rôle de chacun. « Il y a eu un début de saison assez compliqué où tout se passait mal qui m’a obligé à réunir parents et joueurs afin de discuter, de tout remettre à plat et d’expliquer ce qui n’allait pas. L’échange et la communication avec les parents doit être constant et régulier, certains doivent être rassurés sur la baisse de performance passagère de leur fils, d’autres sur notre façon de fonctionner etc… Tout cela n’est pas facile mais nous avons toujours su gérer cela en bonne intelligence. » se souvient-il.

« Pour finir, les relations entre adultes étaient bonnes et nous avons vécu de superbes moments tous ensemble. C’est d’ailleurs un des paramètres qui a fait la force de cette équipe, qui a permis cette magnifique cohésion au sein du groupe. Ils étaient toujours présents en grand nombre lors de nos matchs et c’est ce qui rendait la fête encore plus belle ! »

Valentin Beill | Ses conseils à ses jeunes lors de leur intégration dans les équipes seniors

« Je leur conseille avant tout d’être patients, de travailler et d’y croire. Après, je fais confiance à Fabrice Muller et Grégory Fritz qui sont extrêmement compétents dans leur domaine, deux excellents entraîneurs et des personnes que j’estime beaucoup, pour guider ces jeunes dans la bonne direction. Je fais également confiance à mes joueurs qui auront l’intelligence de comprendre les nouvelles attentes à leur égard et à leur volonté de ne pas vouloir brûler les étapes… Puis, mon rêve serait bien sûr de voir évoluer ces jeunes tous ensemble dans une équipe fanion, surtout après le parcours qui aura été le nôtre… mais il faudra d’abord passer par une phase de patience et de travail…et il faudra avoir confiance dans ces nouveaux projets qui les attendent. »

Valentin Beill | Son avenir dans le milieu du football

« En ce qui me concerne, l’aventure touche bel et bien à sa fin avec un gros pincement au coeur car il s’agit d‘une longue étape de ma vie qui s’arrête. J’ai du mal à trouver les mots mais les choses sont ainsi faites et il y a un temps pour tout…. Je serai toujours un supporter fidèle de l’USOE, debout derrière la main courante, mais mon rôle se limitera à ça car toute bonne chose à une fin. Ce fût une charge de travail énorme tout au long de ces années, je rappelle que nous sommes tous des bénévoles, avec 2 ou 3 entraînements par semaine plus les matchs du week-end et tous les à-côtés à organiser…Oui c’est difficile pour moi, j’ai pris ce groupe en main en 2005 pour les accompagner jusqu’en 2020 et j’aurai donc passé 15 années de ma vie à leurs côtés. »

Valentin Beill | Ses souvenirs marquants avec son groupe

« Nous avons vécu de nombreux moments magiques, comme lors de notre voyage à Barcelone pour y participer à un tournoi, il y a eu de nombreux moments magnifiques ! Ce qui m’aura le plus marqué d’un point de vu sportif et que je retiendrai, c’est notre dernier match de championnat à Molsheim… Cela restera notre dernière rencontre disputée ensemble car nous ne savions pas à ce moment-là quelle tournure allait prendre la crise sanitaire liée au Covid-19. L’entente Molsheim/Ernolsheim était une équipe très solide qui ne pouvait aligner que très rarement ses joueurs cadres et ce jour-là ils étaient tous présents en face de nous. Ce match a été vraiment incroyable, nous étions menés 2-0, puis nous avons réussi à égaliser à 2-2, nous avons à nouveau été menés sur le score de 3-2 pour finalement nous imposer 3-5. Les garçons nous ont prouvé ce jour-là qu’ils avaient d’énormes capacités et ils ont fait preuve d’une solidarité à toute épreuve. Cette rencontre aura été époustouflante avec des émotions changeantes tout au long du match… déception et frustration d’être menés, soulagement et espoir lorsque nous égalisons et joie et euphorie lorsque nous passons devant au tableau d’affichage ! Je ne peux que leur dire encore une fois bravo pour cette performance…Cela aura été mon meilleur souvenir en tant qu’entraineur sur le banc. Nous avons vraiment eu énormément de moments inoubliables tout au long de ces 15 années communes, mais c’est ce dernier match que je voudrai retenir. J’aimerai aussi mentionner et remercier Laurent Schell, qui est une personne remarquable, il aura été à mes côtés depuis la catégorie U13 et mon adjoint depuis les U15, nous aurons également passé d’excellents moments ensemble tout au long de cette période. »

Itw dirigée par Arnaud Kahl en partenariat avec Nord Alsace Foot



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